Une retenue d’eau creusée en 2020 pour garantir l’enneigement d’une piste de ski qui pourrait figurer aux JO Alpes 2030 menaçait jusqu’à peu un hameau de la commune.
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Les travaux réalisés pour garantir l’enneigement de la célèbre piste de l’Eclipse, à Courchevel (Savoie), pour les Championnats du monde de ski alpin de 2023 et dans la perspective des JO Alpes 2030, ont-ils exposé les populations d’un hameau en contrebas à un scénario qui aurait pu être catastrophique ? Selon une expertise géomorphologique datée de décembre 2025 à laquelle Le Monde a eu accès, la retenue d’eau de la Loze, creusée en 2020 à 2 270 mètres d’altitude pour stocker les 170 000 mètres cubes d’eau nécessaires à l’enneigement des 3,2 kilomètres de piste, s’affaisse sur ses fondations à une vitesse alarmante.
L’infrastructure, d’un coût de 5,7 millions d’euros, avait montré ses premières faiblesses dès sa mise en eau. « La première année, en 2022, on avait noté un léger tassement qu’on a d’abord attribué à la récente mise en service », observe David Vignon, directeur des projets et du développement durable de la Société des Trois Vallées (S3V), qui exploite le domaine skiable de Courchevel.
Face à la persistance du phénomène, cette entreprise a mandaté le géant mondial de l’ingénierie de l’eau et des barrages, Artelia, pour une expertise plus poussée. Mi-décembre, la quarantaine de pages remises aux dirigeants de l’entreprise a conclu à une défaillance structurelle du barrage d’altitude, liée à l’évolution thermique du sous-sol.
« Fonte de la glace résiduelle »
En superposant des images de 2022 et de 2025, les ingénieurs d’Artelia ont conclu que « l’ensemble du glacier rocheux » sur lequel est installée la retenue « s’affaisse ». Un mouvement que ces spécialistes expliquent « par la fonte de la glace résiduelle toujours présente de façon très probablement diffuse sous le glacier rocheux ». A la différence d’un glacier « blanc » classique, cet amas de roches et de glace vieille de plusieurs siècles, voire millénaire, se comporte comme une pâte épaisse. Tant que la glace reste gelée, la matière est stable, mais dès qu’elle fond, le liant disparaît et la cohésion des blocs avec.
En prime, cette fonte affecte la partie de la retenue située côté digue, en surplomb de la pente. C’est cette zone qui « s’affaisse de façon plus importante, de l’ordre de 40 à 50 centimètres depuis sa création, soit environ 15 centimètres par an », précise le rapport. S’il n’est pas anormal qu’une construction de ce type bouge de quelques millimètres chaque année, les 150 millimètres relevés à la Loze ont été jugés suffisamment inquiétants pour que la préfecture de Savoie impose, fin 2025, une vidange partielle, puis quasi totale, de la réserve. « Dans un premier temps, nous avons dû descendre à 146 000 mètres cubes d’eau, puis à 132 000 et, finalement, à 25 000 mètres cubes », rappelle David Vignon. Une façon radicale d’éviter le scénario catastrophe envisagé dans l’étude d’impact : une rupture de la digue, barrage plein, aurait risqué de précipiter en trente minutes une lave torrentielle sur La Tania (90 chalets et huit résidences hôtelières), l’un des hameaux de Courchevel.
Les scientifiques qui scrutent au quotidien la montagne et ses aménagements s’émeuvent de ce fiasco. Carmen de Jong, géographe à l’université de Strasbourg et spécialiste de l’hydrologie d’altitude, aimerait comprendre « comment on a pu autoriser la construction, il y a quelques années, de cette immense retenue d’eau sur une zone aussi mouvante ». Elle estime fâcheux qu’on ait « amputé de presque 1,5 hectare un glacier rocheux remarquable pour y placer une retenue collinaire » et déplore qu’on n’ait pas anticipé « qu’avec le dérèglement climatique, il ne va pas s’arrêter de fondre ».
Expert reconnu dans l’étude du permafrost et de la dynamique des glaciers rocheux des Alpes, Xavier Bodin, lui, conçoit qu’on ait pu ne pas détecter la présence de glace lors de la construction. « Le glacier rocheux était cartographié, mais il reste toujours difficile de prédire s’il contient encore de la glace », rappelle ce chercheur au CNRS rattaché au laboratoire Edytem (Environnements, dynamiques et territoires de la montagne), qui estime quand même que « c’était jouer avec le feu que d’installer la retenue versant nord à plus de 2 200 mètres d’altitude ».
Le chercheur regrette, au passage, que cet aménagement « contribue à la disparition d’un vestige de la fin de la dernière époque glaciaire en accélérant la fonte de ces glaces qui ont commencé à se former durant la grande glaciation, à l’époque où le climat des Alpes ressemblait à celui du Groenland aujourd’hui… Ces objets scientifiques exceptionnels sont désormais non seulement menacés par le réchauffement climatique, mais aussi, comme ici, par certaines activités humaines », rappelle-t-il, soulignant le rôle de la retenue de 2,7 hectares dans la fonte du glacier.
Un radiateur géant
Artelia conclut en effet que la fonte du permafrost de la Loze est moins due au réchauffement global des Alpes qu’à la retenue elle-même. Celle-ci a agi comme un radiateur géant et a été à l’origine de l’accélération du dégel, le rapport rappelant que « les effets thermiques des lacs sur le permafrost ont été mesurés jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur ».
Alors que les sites des JO Alpes 2030, encore en discussion, doivent être finalisés avant l’été, et que Courchevel, joyau du domaine français, fait pour l’heure partie des sites incontournables avec la piste de ski de l’Eclipse, la S3V a déjà son plan pour sortir de l’impasse. « Suite à l’étude Artelia, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) nous demande soit d’enlever la glace qui se trouve sous la retenue, soit de sortir la retenue de la zone d’aléas, soit d’injecter un liant qui remplirait le vide laissé par la fonte des glaces », expose David Vignon. Ce dernier sait désormais, après une nouvelle campagne de sondages réalisée ce printemps par deux géomorphologues, que la glace a une épaisseur comprise entre 5 et 10 mètres et se trouve à 7 mètres sous une partie seulement du lac artificiel.
La S3V projette donc de réduire légèrement la surface de la retenue, là où la glace souterraine est présente, puis de reconstruire la digue en la faisant passer de 19 à 21 mètres de hauteur, afin que la réserve conserve le même volume d’eau. Et, pour l’heure, David Vignon se veut formel : « Les connaissances que nous avons aujourd’hui de la zone de la retenue ne remettent pas en cause l’usage de la piste de l’Eclipse lors des JO Alpes 2030. » Après s’être mis d’accord avec la mairie de Courchevel (qui, comme la préfecture, n’a pas répondu à nos sollicitations) pour libérer l’Eclipse de compétitions durant l’hiver 2026-2027, l’homme a déjà son rétroplanning. « Nous refaisons des sondages en juin, déposons nos demandes en septembre à la préfecture pour instruction du dossier cet hiver, et délivrance des autorisations au printemps 2027. Les travaux commenceront en avril et la Loze sera remise en eau en novembre », rappelle le responsable des projets. En parallèle, la S3V a lancé un audit des installations qu’elle gère en altitude, de crainte que la mésaventure de la Loze se répète ailleurs.
Pour l’heure, ce dossier à « plusieurs millions d’euros » est entre les mains de quatre assureurs qui cherchent le responsable de la faillite initiale. Ce qui agace Valérie Paumier, la fondatrice de Résilience Montagne, une association qui milite pour un aménagement compatible avec le dérèglement climatique. Pour elle, « tant que les banques financent et tant que les assurances assurent ces projets à rebours de tous les constats, il sera impossible de changer vers un modèle en ligne avec les enjeux environnementaux, et les exploitants continueront à dégrader les milieux montagnards et la planète ».
Cette opposante de la première heure à la construction de cette retenue rappelle qu’officiellement, « les valeurs du CIO sont incompatibles avec la destruction des espaces naturels » et que la retenue de la Loze est bien la preuve, image à l’appui, que « les JO 2030 ne peuvent pas être durables et écologiques comme annoncé par la gouvernance ».
"Aucune infrastructure n'a commencé. Il n'y a pas de bulldozers pour l'instant", pointe le collectif. Il estime qu'"on n'a pas l'argent'" pour financer ces jeux.
Mais selon ATOSCA, on en est aux peintures intérieures, c'est trop tard pour arrêter.
Une enquête judiciaire de l’Office français de la biodiversité a conduit à la mise au jour d’un système de pompage construit sans autorisation par la station de ski de la Clusaz permettant de diriger de l’eau de source vers une fabrique de neige
Je crois qu'il serait bon de faire un tour dans toutes les stations de ski avant qu'on ne se lance vraiment dans les
#JO2030
Laurent Wauquiez supprime des subventions à ceux qui réclament des Jeux olympiques 2030 écolos
L’association en question a signé un appel pour réclamer des Olympiades compatibles avec le respect des limites planétaires, et bénéfiques pour les territoires. Ça ne passe pas.
POLITIQUE - Wauquiez et les subventions, nouvel épisode. Après avoir supprimé ou baissé les aides accordées à plusieurs acteurs et associations culturelles au printemps dernier, le président Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes est à nouveau épinglé dans la presse pour l’utilisation qu’il semble faire de l’argent public.
Selon Libération et La Montagne, Laurent Wauquiez et son exécutif ont cette fois-ci décidé de couper les subventions à une association… qui réclame des Jeux olympiques propres et écologiques en 2030, dans les Alpes françaises. Avec son homologue Renaud Muselier (Paca), le président de la région Aura est l’un des principaux promoteurs de cette candidature, un projet très bien parti depuis la dernière réunion du CIO fin novembre.
C’est donc dans ce contexte que le cluster Outdoor sport valley (association qui regroupe des industriels de l’équipement de sport comme Salomon ou Rossignol ) se voit privé de sa principale ressource : 630 000 euros de subventions, normalement allouées par le conseil régional.
Crime de lèse-Wauquiez
La vice-présidente de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Stéphanie Pernod, a effectivement envoyé un courrier à l’association le 18 décembre dernier pour les avertir de cette décision brutale. Selon Libération - qui a pu consulter la missive - cette proche de Laurent Wauquiez « déplore » la décision des dirigeants d’OSV « de soutenir l’appel d’ONG et d’experts sur les conditions environnementales pour les JO, présentées comme inconditionnelles pour assurer leur compatibilité avec le respect des limites planétaires. »
Elle critique également leur future participation « à une réunion organisée par un conseiller du président de la République sur les enjeux de durabilité et de préservation de l’environnement dans la perspective des JO », et se dit, par conséquent, « dans l’obligation de demander le retrait de la région de tout financement du cluster OSV. »
Pour comprendre ces enjeux il faut donc remonter au 15 novembre et à l’appel lancé par 26 ONG, professionnels, athlètes, scientifiques, personnalités ou élus. Dans ce texte, les signataires - dont OSV - listent plusieurs points d’attention pour rendre ces Jeux olympiques « compatibles avec le respect des limites planétaires, et bénéfiques pour les territoires. »
Il est question par exemple de la garantie d’un enneigement « très majoritairement en neige naturelle » des pistes de compétition, de l’utilisation de « 100 % d’infrastructures existantes » pour les épreuves comme pour le logement ou de la réduction au strict minimum des recours au transport aérien. Sans ces conditions, les signataires précisent qu’ils ne pourront pas soutenir ces olympiades lesquelles contribueraient ainsi selon eux « au dérèglement climatique et à la perte de biodiversité. »
Résultat : Pour cet appel, l’association - qui œuvre, entre autres, à l’émergence de start-up ou à la décarbonation de leur industrie grâce à une quinzaine d’employés - risque donc de perdre ses subventions. Soit, une fonte de 36 % dans son budget.