Alors que le sport moderne est déjà un défilé permanent, la polémique suscitée par l’entrée spectaculaire de la tenniswoman révèle surtout le malaise persistant face aux femmes qui osent faire du court une scène culturelle.
Laissez les gens s'habiller comme iels le veulent, merde...
Et si ça vous plaît pas, arrêtez de regarder ce sport et pis marre...
Article complet à suivre parce que bon...
En robe haute couture à Roland-Garros : non, Naomi Osaka ne menace pas le tennis
Roland-Garros découvre donc… qu’une joueuse peut aimer la mode. Une étrange crise d’amnésie pour un tournoi qui a pourtant construit une partie de sa légende sur le style, de Suzanne Lenglen à Serena Williams. Cette fois, le débat n’est même plus sportif. C’est un niveau de «mode» qui crée la polémique. Naomi Osaka est entrée mardi 26 mai sur le court (dont elle est ressortie victorieuse en deux sets 6-3, 7-6) dans une silhouette signée du créateur suisse Kevin Germanier, entre sequins, volume couture et références presque tapis rouge. A la limite du Met Gala sur terre battue.
Et manifestement, tout le monde n’a pas apprécié. Son adversaire Laura Siegemund a trouvé la mise en scène excessive et chronophage : «De nos jours, dans tous les tournois, chaque seconde est scrutée, même la vitesse à laquelle on sort sa bouteille d’eau. Mais elle, elle peut rester là à se changer pendant encore une minute et demie», s’exaspère l’Allemande. Comme si une entrée stylisée menaçait soudain l’intégrité du revers croisé.
Pourtant, rien de nouveau sous le soleil à la morsure ardente de Roland-Garros, le sport moderne fonctionne déjà comme un défilé permanent. La mode devient un sport de combat et les sportifs se battent pour être très mode. En NBA, les tunnel fits sont devenus un rituel culturel à part entière. Avant même le match, les joueurs performent leur identité par le vêtement. Et avant les actuels ambassadeurs du luxe, Allen Iverson avait déjà essuyé les plâtres dans les années 2000 : tresses, silhouettes oversize, codes hip-hop, bijoux… A l’époque aussi, on parlait de «mauvais goût», de manque de respect pour l’institution, de dérive spectaculaire. Aujourd’hui, il est considéré comme un pionnier.
Toujours trop quelque chose
Mais quand Naomi Osaka fait la même chose dans le tennis, certains réclament immédiatement un retour à «la tradition». Ce qui est fascinant, c’est qu’on a déjà vu exactement le même scénario avec Serena Williams. Le catsuit (vêtement en une seule pièce qui moule le corps) ? Trop provocant. Le tutu ? Trop théâtral. Les femmes – particulièrement les femmes noires – restent soumises à une police implicite du «bon comportement visuel» ou de la respectabilité. Trop visibles, trop mode, trop affirmées : toujours trop quelque chose.
Et puis il y a cette idée étrange qu’une joueuse introvertie, qui a parlé publiquement de santé mentale, devrait forcément être discrète dans son apparence. Comme si l’audace esthétique annulait la vulnérabilité. Alors qu’au fond, ces looks racontent peut-être exactement l’inverse : reprendre le contrôle de son image dans un sport historiquement rigide.
Naomi Osaka ne menace pas le tennis. Elle rappelle juste qu’en 2026, dans un monde hyperconnecté – où les vidéos de moins deux minutes règnent en maître –, le court est aussi devenu une scène culturelle. Et dans une époque où la Fashion Week est régulièrement critiquée pour le retour inquiétant de standards de maigreur extrême sur les podiums, voir une athlète célébrer ses courbes, sa puissance et sa sensualité sans s’excuser a quelque chose de franchement réjouissant.