Alors que la Gironde est aux prises avec un mégafeu et que la France entre dans son quatrième épisode caniculaire de l’été 2026, les associations Data for Good, Humanité et Nature et France Nature Environnement Bouches-du-Rhône déposent des recours contre l’autorisation environnementale accordée par la préfecture au projet de centres de données de Pennes-Mirabeau. Elles sont accompagnées par des riverains et soutenues par le collectif Le nuage était sous nos pieds.
Chez Bon Pote, nous avons déjà passé en revue la totalité des votes à l’Assemblée nationale sur le sujet dans le cadre d’un article décryptant la position du Rassemblement national sur l’adaptation climatique. Nous vous présentons ici le détail de ces votes sur la lutte contre les feux de forêt afin de sonder la position de chaque groupe politique.
Et une nouvelle fois, un·e ministre de l'écologie claque la porte d'un gouvernement d'un quinquennat qui ne sera pas écologique.
"Contrairement aux engagements qui m'avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés", a-t-elle jugé dans un message estimant que "ce revirement constitue (...) le recul environnemental de trop".
On avait mal compris #Macron.
C'était pas "Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas"
mais "Ce ministère de l'écologie ne sera pas"
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut présentera sa démission au président de la République d'ici au Conseil des ministres prévu mercredi, a appris franceinfo mardi 21 juillet auprès de l'entourage de la ministre.
Quand on disait que l'#IA nous tuera, fallait pas imaginer des hordes de robots assassins...
La frénésie autour de l’IA générative acte un renoncement clair dans la grande bataille de notre siècle : celle que nous devons mener pour l’écologie. Alors que l’empreinte carbone du secteur s’aggrave de façon alarmante, les milliards d’euros investis dans la construction de data centers sont un appel à la démobilisation générale.
Deux barrages du Marais poitevin ont été ouverts en pleine nuit au cœur d’une sécheresse historique. Fragilisant écosystèmes et activité économique, ces actes de sabotage auraient profité aux grandes exploitations céréalières du marais desséché.
"Vol d'eau"... Voilà où on en est en France.
Dédicace à ceux qui ne croyaient pas que les guerres de l'eau pouvaient arriver chez nous..
Le 8e rapport du Haut Conseil pour le Climat vient tout juste d’être publié ! Intitulé “Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités”, un titre sans appel sur l’impréparation de la France face au changement climatique, tant sur la baisse des émissions (atténuation) que sur l’adaptation.
Le Tour de France, qui débute le 4 juillet, opère une surenchère commerciale polluante depuis ses débuts. L’auteur de cette tribune propose ainsi que les secteurs les plus carbonés ne puissent plus y participer.
(j'aurai bien tendance à interdire le Tour de France, surtout en plein épisode caniculaire, mais bon... On va commencer par ça)
Alors que l'été approche, les paris sur les feux de forêt se multiplient sur les plateformes de marché prédictif. Un site dédié a même fait son apparition. Au risque que des parieurs se mettent à allumer des feux eux-mêmes pour remporter la mise.
"ce que la justice française dit du droit de manifester et de la légitimité de nos actions de désobéissance civile". Les collectifs rappellent que le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs de l'environnement, Michel Forst, avait indiqué lors de l'audience d'appel que "la désobéissance civile est un mécanisme de manifestation protégé par le droit international". Ils soulignent également une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme relative à la protection de la liberté d'expression.
Lorsque sur un plateau TV un climatologue entend un journaliste dire que les scientifiques « n’ont pas été assez clairs » sur le changement climatique, il a le droit de s’énerver. Mais alors, qui accuser de la désinformation sur le climat ?
L'association MSDE (Mouvement de soutien aux défenseur·es de l’environnement) a fait un excellent résumé du procès de 4 activistes #antipub qui se sont retrouvé·es en garde-à-vue pendant 42h.
« Quand on parle de criminaliser le militant politique, c'est ça. C'est exactement ça »
Une étude de chercheurs de l’université de Cambridge démontre que la chaleur émise par les datacenters augmente la température terrestre en moyenne de 2° jusqu’à 10 km à la ronde.
Et nos chers gouvernants veulent des datacenter #IA partout en France !
Qui veut avoir de 2 à 10° de plus chez soi ?
« La semaine où nous ressentons comme jamais les températures létales du mur climatique, le pire signal vient d’être envoyé par le Conseil d’État, incapable d’appliquer le droit face aux pressions du lobby politicofinancier de l’#A69, poursuit La Voie est libre. Ils valident le parfait emblème de notre fuite en avant : l’A69. C’est terrifiant. »
Ça fait beaucoup ces derniers temps... On arrête quand ?
En même temps quand le « Conseil d’État juge que la cour n’a pas fait d’erreur en estimant que le projet répond bien à une raison impérative d’intérêt public majeur au regard des différents objectifs poursuivis (gain de temps, amélioration du cadre de vie, développement économique, sécurité routière) », il n'a pas entièrement tort...
La question que l'on devrait se poser, ce serait plutôt "veut-on vivre dans un monde où l'intérêt public majeur, c'est de gagner 20 minutes de trajet ou avoir un développement économique au détriment de terres nourricières et de biodiversité" ? Parce que c'est le monde dans lequel on vit... ou plutôt celui dans lequel on meurt...
Et je ne peux m'empêcher de pleurer par avance quand on découvrira dans quelques années que tout ça n'a été possible que par la corruption de nos décideurs... Mais le mal aura été fait...
La canicule est un krach «écolonomique»
Timothée Parique - économiste, chercheur à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne (Suisse)
(article complet)
Nous traversons une canicule historique et, déjà, la mécanique médiatique tourne à plein régime. On parle ventilateurs, climatisation, épreuves du bac, réouverture de la baignade dans la Seine. Cet avant-goût dystopique a tout du blockbuster, des cartes rouges, des hospitalisations en pagaille, et un gouvernement en PLS. Une seule chose manque à l’écran : le mot «capitalisme».
On ausculte les symptômes mais pas la maladie. La cause, pourtant, n’est pas difficile à identifier. Notre système économique accro à la croissance est en train de faire une overdose de lui-même. Cette canicule n’a rien d’un caprice du ciel, nous récoltons des décennies d’inaction climatique, méthodiquement organisée par une minorité possédante qui prospère sur l’écocide.
Rappelons quelques faits. Selon le dernier Rapport mondial sur les inégalités, les 10% les plus riches de la planète sont responsables de près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Lorsque l’on regarde l’impact, non de la consommation, mais de l’épargne, c’est encore pire : les investissements de ce décile pèsent 77% des émissions mondiales. Le constat est désormais solidement documenté par la science : ce sont bel et bien les riches qui détruisent la planète.
Le capitalisme privatise les profits et socialise les dégâts
Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. Le capitalisme privatise les profits et socialise les dégâts. Le décile global le plus fortuné possède les trois quarts de la richesse mondiale, ce qui lui permet de capter plus de la moitié des revenus. Mais ces privilégiés ne supporteront que 3% de la facture climatique. La moitié la plus pauvre de l’humanité, elle responsable de 10% des émissions et détentrice de 2% de la richesse, héritera de près des trois quarts des coûts (1). Le réchauffement climatique n’est pas seulement une catastrophe écologique, c’est un transfert des riches vers les pauvres, et du présent vers l’avenir.
Chaque degré au-dessus des normales est le produit d’une décision d’investissement. Au premier trimestre 2026, TotalEnergies voyait son bénéfice bondir de 51%, dopé par la flambée des prix des carburants, au même moment où la planète bouclait les trois années les plus chaudes jamais mesurées. La Terre brûle et les pétroliers encaissent, comme si l’on payait une entreprise pour incendier notre propre maison.
En 1972, un groupe de chercheurs au MIT publiait les Limites à la croissance, une étude qui montrait que la croissance exponentielle des activités humaines mènerait tôt à tard à la pénurie, l’effondrement, ou aux deux. Nous ne les avons pas écoutés. Nous avons perdu un demi-siècle à gober le conte de fées de la «croissance verte» qui nous promet une économie immatérielle et décarbonée. Cinquante ans plus tard, ce découplage reste introuvable à l’échelle et au rythme qu’exigent les limites planétaires. La croissance verte n’est pas une solution, c’est un discours d’inaction, l’alibi parfait pour ne jamais remettre en cause le capitalisme.
La production ne peut pas se faire contre la nature
La canicule est un rappel à l’ordre. L’économie n’est pas une mécanique monétaire, c’est une sphère sociale encastrée dans une réalité biophysique. La production ne peut pas se faire contre la nature, ou du moins jamais longtemps. Il faut renverser l’ordre des priorités qu’on nous présente comme naturel : l’environnement n’est pas une variable d’ajustement au service de la croissance. C’est l’inverse. C’est l’économie qu’il faut remettre à sa juste place, à l’intérieur des limites de la biosphère.
Alors il va falloir ralentir. Pas tout le monde, ni au même rythme – ceux qui saccagent le plus freinent les premiers. Une décélération à plusieurs vitesses en proportion des revenus et des patrimoines, qui prend en compte les responsabilités et les capabilités de chacun. Organiser la décroissance des pays riches pour libérer autant du maigre budget écologique qu’il nous reste pour permettre à la grande majorité de la population de pouvoir enfin vivre dignement.
La vraie question, celle que cette canicule devrait imposer dans le débat, n’est pas de savoir s’il faut ou non allumer la clim. C’est de savoir quel système économique est capable de satisfaire les besoins de tous sans dépasser les limites planétaires. Car il faut revenir au sens premier du mot : une économie sert à économiser. Une économie qui prospère en détruisant ses propres conditions d’existence n’est pas performante, elle est suicidaire. Reste à décider qui, des multinationales ou du vivant, nous choisirons de sauver. La canicule, elle, a déjà tranché.
Alors que les températures battent tous les records, le cadrage du sujet pointe rarement les responsables de la situation. Pourquoi et comment « politiser la canicule »?
L'édito de Mathieu Vidard le montre bien en colère.
Et c'est légitime...
À la faculté de Montpellier, les étudiants formés aux métiers de l’énergie seront chapeautés par... TotalEnergies. Le partenariat signé avec la multinationale est décrié par les enseignants, qui dénoncent une tentative de « #greenwashing » et une « entrave » à leur liberté académique.
C'est plus du greenwashing à ce niveau là, c'est plutôt de l'ordre du foutage de gueule, non ?
Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir
Bah la question elle est vite répondue.
C'est courageux de la part du président de lobby des data-center de mettre un terme à cette débauche énergétique qu'est l'#IA. Qui aurait cru qu'il était pour la sobriété ?
Fustigeant l’apathie ou le déni du gouvernement, le chercheur invite l’exécutif à prendre la mesure de la durée très inquiétante de la vague de chaleur actuelle car les épisodes précoces «font plus de dégâts».
Article complet :
C’est un triste solstice. L’été ne commence officiellement que ce dimanche 21 juin, pourtant la France fait déjà face à son deuxième épisode de chaleur précoce de l’année. Corps éprouvés, cours annulés, écoles fermées, grand oral du bac surchauffé, fête de la musique sous étuve, sols et végétation asséchés… Tous les voyants sont au rouge. Installée durablement sur le pays, la canicule pourrait être d’«une durée et une sévérité identiques à celle d’août 2003», a averti Météo France, avec des «pointes à 40 °C en particulier sur l’ouest et le centre» lundi et mardi et sans doute «une chaleur d’un niveau parfois inédit, tous mois confondus». Près de trente-cinq millions de personnes dans 49 départements (dont Paris et l’Ile-de-France) sont concernées, lundi 22 juin, par la vigilance rouge, le niveau d’alerte le plus élevé correspondant à la fois à un événement météorologique exceptionnel et à une inquiétude sanitaire justifiant une «mobilisation maximale». Et 90 % de la population sera sous vigilance orange ou rouge, dans 89 départements ( un nombre record).
En visite au siège de Météo France à Saint-Mandé (Val-de-Marne), ce dimanche 21 juin, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a précisé que les températures allaient «rester sur un plateau très élevé» et qu’aucune baisse n’était envisagée «d’ici la fin de la semaine». Mais cette fournaise à rallonge ne conduit pas l’exécutif à changer de méthode, qui laisse la main aux préfets et aux recteurs. «Ca doit être une gestion, vraiment j’insiste, décentralisée, au plus près des territoires», a déroulé le ministre.
Pour le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, les responsables politiques ne sont pas à la hauteur de la situation. Coauteur du sixième rapport du Giec, il pointe la responsabilité des «freineurs» de la transformation climatique et appelle à davantage «politiser» ces événements extrêmes.
Comment qualifiez-vous la vague de chaleur en cours ?
Désormais, je les appelle «canicules Flip» : plus fréquentes, longues, intenses et précoces, et aussi plus flippantes. A Paris, il est maintenant quasi-certain que le record emblématique de la température minimale la plus élevée, en août 2003 (25,5 °C), sera battu. Les minimales sont critiques, particulièrement en ville pour la santé physique et mentale, car les corps récupèrent des chaleurs extrêmes de la journée durant la nuit. Trop hautes, elles induisent des risques de nature multiples (accidents par baisse de vigilance et réactivité, décompensation psychique, etc.). Au-delà des valeurs extrêmes de températures, c’est la durée de la canicule qui est flippante. Il est probable qu’elle soit d’une sévérité comparable à celle de 2003.
La succession des épisodes de chaleur amplifie-t-elle la menace ?
Ces épisodes de chaleur fréquents peuvent nous confronter à des risques systémiques où les événements (canicule, sécheresse, orages, etc.) se combinent et touchent plusieurs secteurs, soit de manière concomitante, soit successive, aggravant considérablement leurs effets.
Pourquoi cette canicule intense et durable, en plein solstice, paralyse-t-elle autant la société ?
Les chaleurs précoces font plus de dégâts que celles que l’on observait entre le 15 juillet et le 15 août dans un climat non réchauffé par l’homme. Elles rendent nos sociétés humaines plus vulnérables puisque l’exposition à la chaleur est plus importante en début d’été ; elles touchent les élèves dans les écoles surchauffées, les travailleurs sur les chantiers ou les agriculteurs dans les champs, etc.
Ces chaleurs malmènent aussi les écosystèmes car elles se produisent à un moment particulier du cycle saisonnier de la végétation (croissance des fruits, maturité des céréales) mais aussi de la faune (naissain de certains mollusques). De telles températures maximales font mourir la végétation par échaudage combiné au manque d’eau. Les conséquences sont fortes en matière d’adaptation aux effets du changement climatique. En ville, on voit dépérir beaucoup d’arbres plantés ces dernières années, encore fragiles faute de système racinaire assez profond. Il est beaucoup plus difficile de végétaliser les villes qu’il y a vingt ans.
Le gouvernement prend-il, ces jours-ci, la mesure de l’urgence climatique ?
Lors de l’épisode de fin mai, j’ai été sidéré par l’absence du gouvernement dans l’espace médiatique mais aussi par la faiblesse des discours et propositions de tous les partis politiques sur les enjeux liés aux chaleurs extrêmes, notamment sur les adaptations nécessaires, qui doivent s’inscrire dans un projet de société. S’agit-il d’attentisme en essayant de minimiser l’événement ? D’incompétence ? D’obstruction ? De couardise ?
La force politique qui semble avoir dicté l’angle de communication en matière de climat a été le Rassemblement national : ce parti a opéré un hold-up médiatique en brandissant le «chiffon rouge» de la climatisation, un objet de polarisation, ou plutôt présenté comme tel, de manière très caricaturale. Lors de ce deuxième épisode, le gouvernement essaie d’être plus présent mais avec une bonne dose d’enfumage qui révolte encore davantage. Les mots n’ont plus de sens, de profondeur, de lien avec le réel, dans un double langage orwellien qui sape toute confiance.
C’est-à-dire ? Les moyens dédiés ne sont pas à la hauteur des plans d’adaptation au réchauffement ?
Les plans gouvernementaux apparaissent beaux et ambitieux sur le papier mais ils omettent un levier essentiel, qui dérange et nous permettrait de diminuer nos vulnérabilités et d’assurer notre autonomie et notre souveraineté face à ces coups climatiques : la sobriété, en eau, en énergie, etc. Il y a un hiatus généralisé entre les mots, les moyens et les actes. A l’image des annonces sur le confort d’été faites [mercredi par le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, ndlr], la plupart déjà prévues il y a trois ans, alors qu’en parallèle le budget du fonds vert [créé en 2023 pour financer les projets des collectivités territoriales destinés à accélérer la transition écologique et donc l’adaptation], a été divisé par trois [le projet de loi de finances 2026 le dotait de 837 millions d’euros contre 2,5 milliards auparavant].
Tout le monde est perdu ! Cette politique de yoyo empêche, par exemple, les artisans à l’œuvre dans la rénovation des bâtiments, les grandes entreprises et les collectivités d’avoir une vision claire et de planifier une adaptation à la hauteur.
Quant à l’analyse de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, affirmant qu’on s’est trop intéressé à l’atténuation (diminution des émissions de gaz à effet de serre) au détriment de l’adaptation, elle est erronée et révoltante à ce niveau de responsabilité. Il est illusoire d’adapter la France à + 4 °C sans casse. Le succès de l’adaptation est conditionné à la réussite de la décarbonation car il existe des limites dures, des ruptures et des irréversibilités dans les écosystèmes et sociétés humaines. Toute politique régressive en matière de décarbonation est suicidaire.
Qui sont les grands freineurs de l’adaptation et de l’atténuation aujourd’hui ?
Un tissu complexe d’acteurs politiques et économiques avec des alliances de circonstances entre les lobbys économiques, les grands groupes financiers, les politiciens, certains chefs de partis et certains groupes de presse, etc. Les parlementaires ont une responsabilité majeure dans cette dynamique de frein car ils sont les «faiseurs de loi». Alors que leur mission est de protéger les personnes et les biens, ils actent l’impréparation généralisée et les régressions en matière d’adaptation et d’atténuation qui accentuent les risques. Certains élus ou partis sont les «bras armés» d’influences diverses. A l’échelle internationale, les lobbys des énergies fossiles sapent les efforts de transformation du système énergétique avec une attaque de plus en plus virulente envers les sciences du climat et envers les traités environnementaux. En France, le lobby agricole composé des agrochimistes et des grands groupes agroalimentaires freine la transition et nous enferme dans une dynamique mortifère.
En ce moment au Sénat, les parlementaires ont réintroduit l’acétamipride, un puissant insecticide néonicotinoïde, dans la loi d’urgence agricole, et assoupli le texte sur le stockage de l’eau. Que vous inspire ce choix allant à l’encontre des recommandations scientifiques ?
Voilà, c’est suicidaire. Sans modification majeure de la chaîne agricole, de la production à l’alimentation, le système agricole va s’effondrer, il ne tient que par des bouts de ficelle. Il s’agit de questionner les types de cultures, les revenus des agriculteurs, la ressource en eau en tant que bien commun à partager, le commerce mondial, la qualité des aliments… on va dans le mur. On le sait, la science est claire : les responsables prennent des décisions en toute conscience ; il faut arrêter de rejeter la faute sur les climatosceptiques ou sur certains journalistes et présentateurs en mal de buzz, ce ne sont que des idiots utiles développant dans un cadre populiste, polarisant et de postvérité, une fausse image de la France face à ces enjeux climatiques. Leur surexposition donne corps à une minorité et amplifie le retard. Oublions-les, n’en parlons plus. Pointons plutôt la responsabilité des décideurs actuels. Vu le peu de considération dont bénéficie le ministère de l’Ecologie, on voit bien que ce n’est plus une priorité. Pourtant, on ne peut pas négocier avec le changement climatique, la chaleur actuelle le rappelle plus que jamais.
Selon vous, il faut donc davantage politiser les événements climatiques extrêmes ?
Oui, il faut politiser les canicules. On doit dénoncer la défaillance des partis politiques en responsabilité, dans le maintien de la sécurité des personnes et des biens face aux risques climatiques. Tous doivent intégrer ces enjeux caniculaires, comme les autres événements extrêmes, au sein d’un changement profond de la société. Ce projet passe par un questionnement sur nos modes de vie, sur notre rapport aux ressources, sur les inégalités sociales qui doivent se traduire par des mobilités et une alimentation différentes, une agriculture résiliente, une électrification des usages, etc. Il faut électrifier mais pour qui, pour faire quoi ? Regardez les millions d’euros d’investissement annoncés cette semaine pour l’intelligence artificielle. A quel moment questionne-t-on les gouffres d’énergie et d’eau que sont les data centers ? Cette politique de priorisation de l’IA est incompatible avec les enjeux environnementaux et, en fin de compte, elle minimise l’impérative nécessité de s’engager dans une transition socio-environnementale.
Cette semaine, le ministre de la Ville et du Logement a pourtant reconnu que la canicule n’était pas qu’une «question météorologique ou climatique» mais «désormais une question de justice sociale».
Bravo, ça fait vingt ans qu’on le dit ! Les déclarations contradictoires sont perturbantes. Oui, les bouilloires et passoires thermiques sont un problème social. Dans ce cas, cartographions les vulnérabilités et mettons les moyens pour protéger les citoyens au lieu de couper les financements. Politiser les coups climatiques, pointer l’irresponsabilité des décideurs, permet aussi de mettre en avant un droit aussi fondamental que l’accès à l’eau : l’accès pour tous à la fraîcheur dans un monde qui se réchauffe. C’est-à-dire à des zones refuges, à des réseaux de fraîcheur urbains, à des conditions décentes pour nos enfants et les professeurs dans les écoles ou pour les travailleurs à l’extérieur.
Face à la multiplication des crises et à l’apathie du politique, que peut le citoyen ?
En 2022 la chaleur a tué plus de 61 00 personnes en Europe et 5 000 personnes en France. Il est révoltant que notre société s’accommode ainsi d’autant de décès chaque année. La mortalité se banalise, s’invisibilise… Nous faisons face à un déni de responsabilité et à un déni de démocratie. Une des solutions est de soutenir les actions territoriales et d’investir les mécanismes démocratiques locaux en créant des espaces d’échange transparents et horizontaux, comme des conventions citoyennes. Même si celle sur le climat a été suivie d’effets législatifs décevants, la dynamique humaine et démocratique qu’elle a créée reste un exemple inspirant. Il y a urgence à arrêter de subir et à reprendre en main notre destin : lutter contre le changement climatique n’est pas un projet technique mais un projet fondamentalement politique, au sens le plus noble du terme, celui de faire société
Manifeste pour une écologie politique
par Alessandro Pignocchi <3
Toujours fin mais avec les deux pieds dans le plat