Vous l'avez peut-être constaté, les mises à jour des services numériques ont tendance à nous inciter à consommer davantage de bande passante, à stocker plus de données et à passer plus de temps sur ces services. Cette tendance est caractéristique de l'intensification des usages, un phénomène que nous avons mis en évidence dans notre article publié à la conférence CHI en 2026. Nous avons analysé plus précisément le rôle du design des services numériques dans cette intensification et la manière dont elle favorise des pratiques numériques non soutenables
🎙Cette semaine, dans le before, Jean Massiet reçoit Bertille Mazari et Timothée Gosselin de LaSuite.coop, une coopérative qui développe une alternative libre et souveraine aux grandes plateformes numériques. Avec eux, on parle souveraineté numérique, logiciel libre, dépendance aux GAFAM, rôle de l’État et alternatives concrètes pour reprendre un peu le contrôle sur nos outils du quotidien.
A quiet French engineer who never moved to Silicon Valley wrote the code that quietly runs the internet.
(traduction :)
Un ingénieur français qui mène une vie tranquille à Paris a passé 30 ans à écrire des logiciels sur lesquels repose aujourd’hui l’ensemble d’Internet, sans que personne ne connaisse son nom.
C'est lui qui a écrit le code qui permet de diffuser toutes les vidéos YouTube, toutes les séries Netflix, tous les clips TikTok. C'est lui qui a écrit le code qui fait fonctionner les serveurs virtuels sous AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. Il a calculé plus de chiffres de pi que quiconque dans l'histoire. Il n'a pas de compte Twitter. Il ne fait pas de marketing. Il se contente de livrer ses productions.
Il s'appelle Fabrice Bellard.
Voici son histoire, car presque personne en dehors du monde de la programmation système ne sait ce qu’un seul homme a accompli.
Fabrice est né en 1972 à Grenoble, en France. Il a étudié à l’École polytechnique, la plus prestigieuse école d’ingénieurs française. Il n’est jamais allé dans la Silicon Valley. Il n’a jamais bâti un empire de start-ups. Il s’est contenté d’écrire du code.
En 2000, il a lancé un projet appelé FFmpeg, un framework multimédia open source pour l'encodage, le décodage et la diffusion de vidéos en continu. Il avait 28 ans. Ce projet a réussi là où personne d’autre n’avait réussi auparavant. Il prenait en charge tous les formats vidéo et audio existants, au sein d’une seule bibliothèque, sur tous les systèmes d’exploitation. Il l’a dirigé lui-même pendant des années.
Aujourd’hui, FFmpeg est le moteur invisible d’Internet. YouTube l’utilise. Netflix l’utilise. VLC l’utilise. Chrome et Firefox en utilisent certaines parties. Chaque téléphone Android, chaque iPhone, chaque smart TV, chaque outil de montage vidéo que vous ayez jamais utilisé fonctionne avec FFmpeg en arrière-plan. Si vous avez regardé une vidéo sur un écran au cours des 20 dernières années, c'est le code de Fabrice qui l'a traitée.
Mais il ne s'est pas arrêté là.
En 2003, il a lancé QEMU, un émulateur et virtualiseur de machines. Il l'a développé seul jusqu'à la version 0.7.1 en 2005. QEMU permet d'exécuter n'importe quel système d'exploitation sur n'importe quel autre système d'exploitation. Il est devenu le pilier de la virtualisation moderne. KVM, l'hyperviseur du noyau Linux, fonctionne sur QEMU. Tous les grands fournisseurs de services cloud — AWS, Google Cloud, Microsoft Azure, IBM Cloud — font tourner des machines virtuelles sur une infrastructure qui repose sur ce code. Le Quick Emulator est le code d’infrastructure cloud le plus cité au monde.
Il a continué.
En 2001, il a remporté l'International Obfuscated C Code Contest avec un petit compilateur C qui est devenu TCC, le Tiny C Compiler. TCC est capable de compiler et de démarrer un noyau Linux à partir du code source en moins de 15 secondes. En 2004, il a calculé le plus grand nombre de chiffres de pi jamais obtenu à l'époque, à l'aide d'un ordinateur de bureau personnel et d'un algorithme qu'il avait lui-même mis au point, appelé la formule de Bellard. En 2011, il a écrit un émulateur PC complet en JavaScript pur permettant d'exécuter Linux dans un navigateur, un projet baptisé JSLinux dont les ingénieurs ont encore du mal à croire qu'il existe vraiment.
En 2019, il a lancé QuickJS, un moteur JavaScript compact mais complet qui s'impose là où V8 ne peut pas. En 2021, il a lancé NNCP, un compresseur de données sans perte basé sur un réseau neuronal qui s'est immédiatement hissé en tête du classement « Large Text Compression Benchmark ».
Il s'est ensuite intéressé aux grands modèles linguistiques. Il a développé TextSynth Server, un serveur web doté d'une API REST permettant d'exécuter localement ces modèles. Il a publié ts_zip et ts_sms, des utilitaires de compression qui utilisent des modèles linguistiques pour compresser du texte et des messages courts à des taux que les algorithmes traditionnels ne peuvent atteindre. Il a également lancé TSAC, un système de compression audio à très faible débit binaire. En décembre 2025, il a lancé Micro QuickJS, un nouveau moteur JavaScript destiné aux microcontrôleurs, distinct de QuickJS, conçu pour les environnements disposant de très peu de mémoire.
Fabrice a cofondé en 2012 une entreprise de télécommunications appelée Amarisoft, dont il est le directeur technique. Amarisoft développe des logiciels pour stations de base 4G et 5G utilisés par des opérateurs et des laboratoires du monde entier. Il dirige cette entreprise depuis plus de dix ans tout en continuant à publier des projets personnels sur son site personnel bellard.org
Il n'est pas sur Twitter. Il n'est pas sur Instagram. Il n'accorde pratiquement aucune interview. Son site web personnel se résume à une simple liste de projets, sans mise en page, sans polices de caractères, sans texte promotionnel. Juste des titres et des liens.
C'est un ingénieur français discret, qui n'a jamais déménagé dans la Silicon Valley, qui a écrit le code qui fait fonctionner Internet en toute discrétion.
Il continue de livrer ses productions.
Cette carte interactive recense les datacenters dans le monde et affiche des informations sur les ressources locales (eau, électricité, réseau).
Excellente ressource par le non moins excellent média Next.ink
L’Atelier d’écologie politique (Atécopol) participe, depuis son lancement à l’automne 2018 à #Toulouse, à la construction d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques.
suivez @AtEcoPol@sciences.re !
Le temps est venu de sortir du déni de réalité quant à nos dépendances et à nos vulnérabilités numériques, d’y faire face et d’arrêter de subir. C’est l’objet de la Commission d’enquête parlementaire dont je suis la rapporteure. Ici, je reviens sur les auditions à travers des notes vocales, des documents, des analyses, mais aussi des rencontres avec des expert·e·s engagées.
c’est principalement la droite qui s’extasie de cette avancée technologique. Et oui parce que l’IA c’est formidable pour… les patrons, car qui décide des licenciements dont on entend parler ? Les patrons. Et qui va s’enrichir en remplaçant ses salariés par des IA ? Les patrons. ça leur promet un avenir radieux."
(tiens, ça parle aussi de luddites et de libristes !)
L’emprise des géants de la tech ne relève pas seulement d’une domination financière ou d’un privilège de caste. Elle structure un authentique (techno-)fascisme. Un système global bien plus résilient qu’une oligarchie. Ce pouvoir ne cherche pas à convaincre, mais à neutraliser toute contestation à la racine. Par la capture attentionnelle et l’invisibilisation algorithmique, il impose un présent perpétuel et mondialisé qui fige les inégalités et cherche à enfermer les existences dans un ordre biopolitique permanent.
Infomaniak présente cette évolution comme « un geste irrévocable et rare en Europe, qui place l’entreprise hors de portée de tout rachat et qui grave son ADN dans le marbre »
(et là, on regrette que Gandi n'ait pas été dans ce type de format)
Dans cet entretien, le collectif Le Mouton Numérique développe une critique radicale de l’IA ancrée dans une approche intersectionnelle : l’intelligence artificielle cristallise et renforce des rapports de domination – de classe et de genre, notamment – qui lui préexistent. [...] Le collectif rappelle que les choix technologiques sont d’abord des choix politiques et que la bataille se joue sur le terrain des rapports sociaux plutôt que sur celui de la technique elle-même.
Trouvez facilement une ROM alternative pour votre #smartphone
Nothing2Hide organise un festival décentralisé autour du numérique : le Nothing2Hide Decentralized Festival (#N2HDF) avec des ateliers dans toute la France les 27, 28, 29 et 30 mai.
Intéressant tout ça !
Souveraineté numérique : l’Allemagne prépare l’hypothèse d’une Europe coupée du monde - ladepeche.fr
Le référentiel C3A cherche donc à définir ce qu’est un véritable « cloud souverain ». Le document propose cette autonomie autour de six piliers : souveraineté stratégique, juridique, opérationnelle, technologique, maîtrise des données et contrôle de la chaîne d’approvisionnement.
Et bien, c'est pas trop tôt...
Quatorze ans plus tard, avec désormais 500 applications disponibles, YunoHost conserve une ambition intacte : rendre l'auto-hébergement accessible à tous, sans ligne de commande obligatoire. Avec les tensions géopolitiques qui replacent la souveraineté numérique au cœur du débat, le projet a le vent en poupe.
(et je suis heureux de participer, indirectement, à soutenir Yunohost.pro)
Une enquête pour corruption met en lumière une stratégie plus large de Pékin visant à s'imposer dans les infrastructures numériques-clés.
On ne parle pas forcément de valises de billets en petites coupures, mais de soirées festives, de billets pour des concerts ou des matchs de foot, de restaurant gastronomiques, de voyages de luxe et de conférences tous frais payés ... etc. etc.
Souvenir, souvenir...
Un chouette petit outil d'autodiagnostic de sécurité numérique basé sur un formulaire #cryptpad.
Un bon outil pour apprendre deux-trois trucs !
L’enjeu est désormais de régler la machine pour optimiser la productivité… « sans que ça explose », explique le journaliste Clément Pouré dans « Les nouveaux contremaîtres ». Enquête dans la machine.
Souvent quand des personnes « libristes » ou « qui parlent de trucs style Linux, etc » parlent de dangers des GAFAM, de capitalisme numérique, et autres pour dire à quel point c'est dangereux, on voit des personnes dire « encore des trucs techniques » ou « moi j'y comprends rien aux ordinateurs et à internet » ou « oui mais tout le monde ne peut pas connaître tout ça, on a pas le temps de connaitre tout ça ».
Ce qui m'agace parfois quand je lis ça ce n'est pas la phrase, c'est ce qu'elle rate : quand on vous parle de ces sujets on n'est pas en train de vous parler de numérique, on est en train de vous parler de politique ! Et c'est toute la problèmatique ici : le fait que même dans les « milieux de gauches », le capitalisme et le fascisme ont réussi à vous faire croire qu'on vous parle de technique quand on vous parle de politique.
Dans un rapport prospectif publié par le Cigref et l'INR sur la résilience numérique, des entreprises comme Orange, Michelin livrent leurs premiers retours sur l'usage du "low-tech". Loin du cliché du retour à la bougie, ces expérimentations dessinent une stratégie de robustesse face aux crises.